En Vaut-il la Peine? – Is it Worth it?

En vaut-il la peine?

         Voici une histoire de mon arrière grand-père Paul Burgess, qui vécut en tant que missionnaire au Guatemala. Visionnaire et implantateur d’églises, son ministère porta beaucoup de fruit. Eduqué dans le monde académique, il était aussi un auteur. Il vécut chaque centimètre de sa vie pour l’évangile. Il mourut après 45 ans de ministère, ayant commencé de nombreuses églises, un Institut Biblique et traduit avec son épouse une grande partie de la Bible en Quiché, une langue Indienne.

         Sa belle-sœur raconte à son sujet : « Aucune route n’était trop pentue pour lui, pourvu qu’il puisse annoncer l’évangile à un Indien de plus. »

         L’extrait provient de sa biographie, « Burgess of Guatemala » écrite par la cousine de ma mère, Anna Marie Dahlquist (p. 125-127) :

         « De ses bottes luisantes à son chapeau tressé et décoré, le Président Jorge Ubico avait tout d’un général. Et il était le plus stricte, avare, efficace et impitoyable dictateur que le Guatemala ait connu pour des années.
La censure faisait partie de son boulot. Lorsque Paul retourna du Colorado, au début de 1933, il entendit des rumeurs qu’Ubico était mécontent avec l’Almanaque de Tio Perucho. Soigneusement, Paul écrivit une lettre diplomatique d’apologie au président, continuant ensuite ses affaires. » […]
         Et puis, juste quand tout semblait aller bien, le coup tomba.
Paul était dans un train faisant son chemin au travers des plaines semées de palmiers au milieu des chaleurs de mi-août. Alors que les autres marchaient les trottoirs vendant leur punch et tamalitos, Paul, à sa coutume, vendait son Tio Peruchos.
         Le train siffla jusqu’à son arrêt près d’une ville costale encombrée de monde. Soudain, deux policiers armés se précipitèrent, attrapant Paul, et l’escortant hors du train dans la station de police.
         « Vous êtes en état d’arrestation » affirma un officier aux lèvres fines. « Nous devons attendre une réponse de Guatemala avant de continuer. »
         « Puis-je au moins télégraphier mon épouse ? Paul plaida, pris au dépourvu. Avec l’accord de l’officier, il lui envoya ce simple message, « Je me suis fait arrêter. » Il pria ensuite que Dieu lui donne sa paix.
         Deux jours plus tard, Paul, gardé de près, était dans un autre train, lié en direction pour la capitale Guatemala. Là-bas, avec ses mains derrières son dos, il fut emmené au quartier de police. Dans une salle à haut plafond bien décorée, Paul fut questionné pendant un long moment. Puis le chef officier pointa en direction d’un jeune garde.
         « Antonio Munoz ! Emmenez cet homme en prison ! »
         Paul sortit avec le jeune Antonio. Il leva les yeux vers un ciel bleu, où les nuages en lanières flottaient tranquillement au-dessus d’un sommet de volcan raboteux. Puis il regarda autour de lui. Des garçons roulaient des cerceaux and des femmes marchaient avec énergie, portant des bébés dans leurs dos et de grands paniers sur leurs têtes.
         La vie, pour la plupart, continuait comme d’habitude. Mais allait-elle continuer pour lui ? Où serait-elle gâchée par un dictateur furieux et impitoyable ? Si c’était le cas, Paul pensait, il savait où il irait. Il connaissait le Chemin.
         Mais qu’arriverait-il au jeune Antonio? Connaissait-il le Chemin ?
         « As-tu déjà pensé à ton âme ? » Paul demanda au jeune homme.
         Etonné, le policier se tourna vers son prisonnier. Marchant côte à côte jusqu’à la prison, Paul expliqua l’évangile. Puis, arrivés aux portes du bâtiment, il sortit un Testament de poche qu’il donna à Antonia. « Lis ceci, » il urgea, « Je te le donne. »
         Paul fut emmené dans une petite cellule humide. Quelques rayons de soleil se faufilaient entre les barres d’une unique haute fenêtre et pénétraient dans la dégoutante salle. Un garde enleva à Paul sa son argent, sa montre, sa Bible – tout sauf ses vêtements. Puis il fut laissé dans son emprisonnement solitaire.
         Paul regarda autour de lui dans la lumière pâle. Il n’y avait pas de chaise, pas de lit. Sous peu il fut fatigué d’être debout, mais les murs aux odeurs répugnantes sentaient l’urine ; il ne voulait pas s’y appuyer. Il ne pouvait pas non plus s’allonger sur le sol gluant et incroyablement sale. »

         Alors que Paul était en prison, son épouse enceinte était prête à accoucher. Mais lorsqu’il reçut sa première lettre, ce n’était que pour apprendre que leur petit garçon était mort né, étranglé par le cordon. Paul resta dix jours en prison et ensuite pu rester à Guatemala chez un ami en assignation à domicile pour un autre mois. Il avait été arrêté pour avoir protester contre les pratiques injustes de son gouvernement. Lorsqu’il fut relâché, il eu la permission de rester au Guatemala sous la condition que ses écrits soient édités par les autorités.

         Dix-sept ans passèrent. Un jour, lors d’un séjour dans une ville côtière, Paul passa près d’une chapelle nouvellement construite en retournant à l’hôtel après avoir assisté à un service d’une église Presbytérienne. Le culte n’étant pas terminé, Paul décida de se glisser en arrière de l’église, s’esquissant dans la foule d’à peu près 250 personnes. Le prochain extrait est tiré des pages 157-158 :

         « Paul ne reconnut pas l’homme derrière la chaire. Mais au milieu de son message, le prédicateur s’arrêta, plongeant un long regard au banc rigide où Paul était assis, devenant visiblement excité.
         « Mes frères, nous avons un certain missionnaire vétéran visitant notre église aujourd’hui ! Nous voudrions tous l’écouter parler. Mais moi, plus que tous, voudrais l’écouter parler. Laissez-moi vous raconter pourquoi. »
         La voix du pasteur tremblait légèrement alors qu’il continuait. « Autrefois j’étais un policier, et vous, Don Pablo, était un prisonnier. On m’avait donné l’ordre de vous escorter en prison, et vous m’aviez témoigné de Christ, et m’aviez donné un Nouveau Testament. Bien que vous ne l’ayez jamais su, cela fut le commencement de ma vie chrétienne. Et aujourd’hui, dix-sept ans après vous avoir emmené en prison, je me tiens ici et vous invite dans ma chaire ! »
         « Des larmes embrouillèrent les yeux de Paul, alors qu’il se dirigeait vers la plateforme. Cela en valait-il la peine ? Les épreuves, maladies, controverses, les emprisonnements, en valaient-ils la peine ? En valait-il la peine d’être loin de ceux qu’il aimait ?
         Tout en Paul criait, Oui ! Même si ce n’était que pour cet homme – seulement pour Antonio Munez- cela valait la peine. Tout en valait la peine.

Is it worth it?

         Here is a story from my great-grandfather Paul Burgess, who lived as a missionary in Guatemala. He was a very successful church-planter and visionary. Trained in excellent scholarship, he was also a writer. He lived every inch of his life for the gospel. He died after 45 years of ministry, having started many churches, a Bible Institute and translated with his wife a great portion of the New Testament in Quiché, an Indian language.

         His wife’s sister said about him, “No road was too steep for him if only he could tell just one more Indian about the Savior.”

         The extract is from his biography, “Burgess of Guatemala” written by my mother’s cousin, Anna Marie Dahlquist (p. 125-127):

         “From his gleaming boots to his braid-decked cap, President Jorge Ubico was every inch a general. And he was the strictest, thriftiest, most efficient and most ruthless dictator Guatemala had known in years.
Censorship, to Ubico was part of his job. When Paul returned from Colorado, in early 1933, he heard rumors that Ubico was displeased with the Almanaque de Tio Perucho. Carefully, Paul typed a diplomatic apology to the president, and then went on about his business.” […]
         And then, just when everything seemed to be going well, the blow fell.
         Paul was on a train that was rattling its way across palm-dotted lowlands in the mid-August heat. While other people walked the aisles peddling punch and tamalitos, Paul, as was his custom, sold Tio Peruchos.
         The train groaned to a stop just outside a sweltering coastal city. Suddenly, two armed policemen rushed in, grabbed Paul, and escorted him off the train and into a police station.
         “You’re under arrest,” a thin-lipped officer stated. “We must await further word from Guatemala City before proceeding.”
         “May I at least telegraph my wife?” Paul pleaded, dumbfounded. With the officer’s consent, he sent her the simple message: “I have been arrested.” And then he prayed that God would give her his peace.
         Two days alter, Paul, closely guarded, was on another train, bound for Guatemala City. There, with hands behind his back, he was led to the Police Headquarters. In a room with burnishing paneling and high ceilings, he was questioned at length. Then the senior officer motioned to a young guard.
         “Antonio Munoz! Take this man to prison.”
         Paul stepped out with young Antonio. He looked up at the blue sky, where wispy clouds floated gently around a rugged volcano peak. Then he looked down again. Boys rolled hoops and women walked by briskly, babies on their backs and huge baskets on their heads.
Life, for most people, was going on as usual. But would life go on for him? Or would it be snuffled out by a ruthless, irate dictator? If so, Paul reflected, he knew where he was going. And he knew the Way.
         But what about young Antonio? Did he know the Way?
         “Have you ever thought about your soul?” Paul asked the youth.
         Astonished, the policeman turned to look at his prisoner. As they walked side by side for six blocks, Paul explained the gospel. Then, just as they reached the prison gates, he pulled out a pocket Testament and gave it to Antonio. “Read this,” he urged, “I’m giving it to you.”
         Paul was taken to a small, damp cell. From between the bars of a single high window, a few rays of daylight struggled down into a filthy room. A guard stripped Paul of his money, his watch, his Bible – everything but his clothes. Then he was left in solitary confinement.
         Paul looked around in the dim light. There was no chair, no cot. Soon he grew tired of standing, but the fetid adobe walls smelled of urine; he did not wish to lean against them. Neither could he lie on the slimy, unspeakable foul floor.”

         While Paul was in prison, his pregnant wife was about to give birth. But when he received her first letter, it was only to learn that their little boy was born dead, strangled by the cord. Paul remained ten days in prison and then was able to remind in Guatemala City at a friend’s home under house arrest for another month. He had been arrested for condemning injustice practices done by the government. When he was released, he was allowed to stay in Guatemala under the condition that his writings be edited by the civil authorities.

         Seventeen years passed. One day, as Paul happened to be in a coastal city, he passed by a newly built chapel on his way back from a Presbyterian church to his hotel. The service was still in progress, so he entered and sat in the back, fading in the crowd of about 250 parishioners. The next extract is from p.157-158:

         “Paul didn’t recognize the middle-aged man in the pulpit. But in the middle of his message, the preacher stopped, took a long look at the rough-hewn bench where Paul was seated, and became visibly excited.
         “Brethren, we have a veteran missionary visiting out church today! We’d all like to hear from him. But I, more than anyone else, want to hear from him. Let me tell you why.”
         The pastor’s voice trembled slightly as he continued. “Once I was a policeman, and you, Don Pablo, were a prisoner. I was ordered to take you to jail, and you spoke to me of Christ, and gave me a New Testament. Although you never knew it, that was the beginning of my Christian life. And today, seventeen years after taking you to prison, I stand here to invite you to my pulpit!”
         “Tears clouded Paul’s eyes as he made his way up to the platform. Was it worth it? Was it worth all the hardships, the illnesses, the controversies, the imprisonments? Was it worth being so far from loved ones?
Everything within Paul’s soul shouted, Yes! Even if it was only for this one man – only for the sake of Antonio Munoz – it was worth it. It was worth it all.”